Intervenants
 
     
 

L'animateur
Claude St-Pierre
avec le chien Rico, qui n'était pas plus ma possession que je ne suis un maître! Un compagnon inter-espèce..
 
Claude St-Pierre
 

Texte Lu
Le Nous [mp3 - 6.64 MB]
 
Roman
Sigwam

 
 
     
 
     
 

Dès l'adolescence, je me suis impliqué dans le mouvement écologiste naissant des années 1970, d'abord avec les 4-H, puis avec ENJEU Environnement-Jeunesse dont j'étais l'un des fondateurs en 1978. Par la suite, j'ai poursuivi des études multidisciplinaires parce que déjà à l'époque, je ne croyais pas qu'on pouvait comprendre la complexité du monde en restant enclavé dans le complexe institutionnel qui encadre le savoir. C'est surtout ce que j'ai retenu de mes années d'école, que j'ai ressenties comme un enfermement. J'ai été aussi impliqué dans le réseau des organismes jeunesse, Maison des jeunes et autres.

Les années 1980 ont été ponctuées par de longs séjours en Europe où j'ai fréquenté le milieu militant et les alternatives. Puis, ce fut ce que j'appelle la période sida, où je voyais disparaître nombre d'amis... Une période qui s'apparente à une guerre : il fallait tout faire, trouver du financement, organiser la survie, se battre contre l'acharnement thérapeutique, la culture dominante, les préjugés. Une période qui a laissé des marques profondes, des deuils que j'ai cessé de compter. Et aussi une expérience très concrète de l'organisation, avec ces hauts et ses bas, ses succès et ses échecs. C'est pendant cette période que j'ai commencé à réfléchir sur le facteur humain dans les organisations.

En parallèle, puisqu'il faut bien gagner sa vie, j'ai eu une vie professionnelle, comme salarié ou contractuel, surtout en communication sociale et en éducation populaire. J'ai essayé autant que possible de concilier ceci à cela et de poursuivre, plus ou moins par infiltration, ma recherche sur les organisations. Désolé pour les personnes avec qui j'ai travaillé qui liront ceci et avec qui je n'ai pas partagé cette volonté. Ne concluez pas pour autant que vous faisiez partie du problème plutôt que de la solution, ce n'est pas si simple. Je cherchais à comprendre pourquoi, quand des gens de bonne volonté se mettent d'accord sur une vision commune et créent des organisations pour résoudre des problèmes communs, la plupart du temps, au bout de quelques années, ces organisations sont détournées de leur mission, sont au service d'elles-mêmes et cessent de s'adapter aux nouvelles réalités.

Je continue à croire que le modèle sociosanitaire que nous avons mis en place au Québec, qui joint le levier financier que constitue l'État avec un réseau complexe et diversifié d'organisations qui se veulent autonomes, reste une excellente idée. Mais force est de constater que les objectifs n'ont pas été atteints dans leur globalité. De multiples facteurs concourent à cet échec. Je me suis beaucoup inspiré des recherches d'Ivan Illich sur les dénis d'équité et de convivialité. Il prétendait qu'il y a toujours un point de rupture, au-delà du contexte, pour expliquer la dérive des grands systèmes organisés qu'il comparait à des outils. Je crois avoir fini par mettre le doigt sur ce point de rupture. J'y reviendrai dans des publications ultérieures.

Quant à l'État, je crois que nous sommes à la fin d'un cycle. Comme ce fut le cas pour les grandes religions qui ont perdu de leur pouvoir sur la société par désaffection,
du moins pour les Églises de tradition occidentales, le processus est irréversible. Comme les croyants ont déserté les églises, les « citoyens » s'éloignent des urnes et de l'action partisane parce qu'ils n'y croient plus, n'en voient plus l'utilité, ne pensent plus qu'ils ont une emprise sur les mécanismes étatiques et les modes de gouvernance. Des alternatives démocratiques se profilent, décentralisées, participatives. Je crois encore possible de revenir, moyennant des efforts considérables d'éducation populaire, à des structures minimales de proximité, non enclavées, évolutives et diversifiées. Il en va de même pour le système économique globalisé. Les grands « saigneurs » ont installé une nouvelle féodalité et ils ne désarmeront pas de leur plein gré. La solution repose sur les alternatives et de nouveaux systèmes d'échanges et de production locaux, autogérés, équitables et respectueux de l'environnement. Ce qui n'exclut en rien la nécessité de contester l'ordre établi.

Sous ces aspects comme sous bien d'autres, on peut me considérer comme néo-anarchiste, quoique je sois rébarbatif à toute forme de caractérisation. Je reste fondamentalement pragmatique, du moins j'essaie! Et écosystémique 1, ce qui est beaucoup plus compliqué!

Ce faisant, une chose en entraînant une autre, j'ai dû me questionner sur une autre rupture, plus globale, celle de la pensée occidentale. Le résultat, très provisoire, de cette réflexion, se retrouve dans le manifeste. C'est au moyen de L'Institut Nature et Culture, un organisme indépendant à but non lucratif, que je compte, avec d'autres, poursuivre cette réflexion en marge du complexe institutionnel.
En serez-vous?

  (1). L'approche écosystémique est définie comme « la gestion intégrée et complète des activités humaines, basée sur la meilleure connaissance scientifique disponible de l'écosystème et de sa dynamique, afin d'identifier et d'agir sur les pressions qui sont préjudiciables à la santé des écosystèmes, réalisant de ce fait l'utilisation durable des ressources et des services des écosystèmes et le maintien de l'intégrité de l'écosystème »

Dans une approche écosystémique, les objectifs écologiques sont pris en compte en même temps que les objectifs économiques et sociaux. Les avantages sont placés au premier plan et au centre des décisions qui sont prises.

La gestion adaptée est le processus cyclique d'évaluation, de planification et de prise de décisions, puis de la mise en oeuvre et du suivi afin de vérifier si les solutions de gestion aux problèmes s'améliorent avec le temps, compte tenu des nouvelles connaissances et de la meilleure information dont on dispose. Sources

 

 
     

 
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